Par Anne Genevay, conseillère en communicaton, rédactrice et formatrice
Avec cet article, nous ouvrons une série de portraits des membres de notre réseau « Au Cœur du Management ». Derrière chaque consultant, un parcours singulier, des choix parfois inattendus et une manière unique d’accompagner les organisations. La diversité fait toute la richesse de notre collectif et, sur le terrain, elle devient un véritable levier pour répondre avec justesse à la complexité des enjeux de votre entreprise.
Commencer avec Bob Larcher donne le ton de parcours riches, hors normes, atypiques, aussi passionnants que porteurs de sens.
Né à Londres dans les années 1950, Bob grandit au sein d’une famille ouvrière, dans une maison sans confort (pas de salle de bains et les toilettes à l’extérieur), avec un grand-père invalide, gazé dans les tranchées de la première guerre. Son enfance pauvre, sans être dans la misère (« nous avions des cadeaux à Noël, nous prenions de petites vacances… je garde de bons souvenirs, dans une vie assez austère »), a forgé sa vision de la vie.
Il reste là jusqu’à l’âge de 18 ans, avant que la famille ne déménage dans une maison héritée des parents de sa mère.
Peu attiré par l’usine, à laquelle son milieu le destine, il bifurque très tôt. Sans qualification, il entre comme assistant dans un laboratoire de chimie. Là, une rencontre change la donne : un chef de recherche lui confie des responsabilités et révèle en lui un goût pour la rigueur scientifique, la concentration, la précision. Bob se forme en parallèle et obtient l’équivalent d’un DUT en chimie. Il s’immerge dans les analyses complexes, se construit une identité de “scientifique” sur le terrain et obtient un diplôme d’Ingénieur en Génie Chimique.
Mais cette première vie professionnelle prometteuse lui apparaît, aussi, dangereuse. Confronté aux risques du métier et à la réalité de collègues usés prématurément, il choisit de partir. Ce monde de la chimie industrielle n’est pas pour lui.
J’ai trouvé ma raison d’être
Une expérience lors d’un séjour avec des adolescents délinquants agit comme un électrochoc. « J’ai participé à des rencontres dans des MJC où l‘on m’a proposé une semaine outdoor avec un groupe de jeunes délinquants (17-18 ans). Je partageais les activités en tant qu’observateur et ce séjour a été l’un des moments forts de ma vie : j’ai trouvé ma raison d’être !
J’ai été frappé par ce que les animateurs, les facilitateurs étaient capables de réaliser avec les jeunes en une semaine. On notait des changements incroyables. »
Ce séjour marque un tournant radical. Bob découvre ce qui deviendra sa vocation : accompagner les jeunes en difficulté à révéler leur potentiel.
« Je venais d’un quartier où beaucoup de mes camarades ont terminé en prison. Je m’en suis sorti, d’autres le pouvaient aussi. J’étais pris comme exemple. »
« J’ai décidé ce que je voulais faire, du jour au lendemain. Même si j’aimais le monde de la chimie et que j’étais doué, je l’ai quitté (au grand étonnement de tous) pour m’engager dans le bénévolat et la facilitation avec des adolescents. J’ai passé quelques diplômes pour m’orienter ensuite vers le développement personnel, par le biais d’activités physiques. »
Réaliser le potentiel de chacun
Bob Larcher devient directeur du centre. Il organise des séjours pour permettre aux adolescents de se découvrir, de se challenger.
« Puis en cherchant un poste plus durable, j’ai été recruté par une structure qui travaillait avec des apprentis : j’ai créé des programmes de développement personnel pour les jeunes, dans les entreprises. Rapidement promu manager, j’ai découvert mes vraies capacités à créer des situations pédagogiques, des apprentissages. Je suis devenu actionnaire et pendant 7 ans, j’ai été facilitateur, nous emmenions les jeunes en montagne, en nature… Ma raison d’être était de réaliser le potentiel de chacun, de travailler sur les valeurs. »
Le début des années 1990 marque une rupture : installé entre l’Angleterre et la France où il prospecte pour trouver des maisons, il se trouve confronté à une faillite et à des dettes importantes. « J’ai décidé que j’avais un avenir ici, en France, avec mon chat ! »
Se succèdent alors des petits métiers pour vivre : peintre en bâtiment, serveur, vendangeur, guide touristique…
Une rencontre déterminante avec Jean-Claude Merlane
Tout bascule à nouveau lorsqu’un ami lui envoie un article écrit par un certain Jean-Claude Merlane. Bob se retrouve totalement dans l’approche de la pédagogie et de la formation au management du chef d’entreprise. Il l’appelle et Jean-Claude Merlane lui propose de le rencontrer. Le jour du rendez-vous, Bob doit animer un séminaire d’adolescents en Angleterre. Qu’à cela ne tienne : Jean-Claude se rend sur place, revient ravi de ce qu’il a vu et comprend qu’il y a un avenir pour ce type d’actions en France.
Il demande alors à Bob s’il peut faire la même chose pour son équipe.
« Nous sommes donc partis 3 jours en montagne avec l’équipe Merlane. J’ai mis en place des activités de spéléos, etc., tournées vers le développement personnel. »
Le séjour est un succès. Ensemble, ils transposent ses méthodes issues du travail avec les jeunes au monde de l’entreprise. Le succès est rapide, initié par un premier contrat avec Airbus pour un séminaire à Bugarach.
« J’étais toujours à mon compte avec d’autres clients en parallèle. J’ai pu retomber sur mes pieds et rembourser mes dettes. »
Bob évolue avec le groupe Merlane, de 10 personnes à une centaine en 2016. « Jean-Claude Merlane était une référence, connu pour son sérieux et son professionnalisme. Si tu bossais avec Merlane, tu étais quelqu’un de bien. De 1983 à 1995, tout ce que l’on touchait était de l’or ! Jean-Claude nous laissait les mains libres dans nos actions. »
Les séminaires de Bob marquent les esprits par leur originalité et leur impact. Il participe à des programmes d’envergure, notamment avec Airbus et de grands groupes industriels. Il s’impose progressivement comme un facilitateur reconnu, malgré un parcours hors normes et sans les codes traditionnels du milieu.
J’ai de la chance et j’aide la chance…
Ce qui distingue Bob Larcher, c’est avant tout son style : direct, pragmatique, opérationnel, profondément humain. So British. Il revendique un langage accessible, ancré dans le réel, loin du jargon académique. Sa force réside dans sa capacité à transformer des idées souvent perçues comme farfelues, comme son célèbre “Jeu de l’Œuf”, en expériences marquantes et porteuses de sens. On dit de lui qu’il a “les pieds sur terre et la tête dans les nuages” : une formule qui résume bien l’équilibre entre imagination et concrétisation.
En filigrane de son parcours, une constante : la liberté (et le courage) de choisir sa voie et sa vie. Refus du déterminisme social, changements de cap assumés, capacité à recommencer ailleurs. À rebours des trajectoires linéaires, il revendique une logique de décision personnelle : « je décide”, affirme-t-il simplement.
Une autre passion éclaire son profil : l’astronomie. Découverte dans l’enfance, elle le mène jusqu’à collaborer avec la NASA sur un projet d’observation de Saturne. « J’ai envoyé une idée qu’ils ont trouvé bonne ; ils m’ont fourni les moyens et permis de la mettre en œuvre. » Preuve supplémentaire de sa curiosité et de sa capacité à passer du rêve à la réalisation.
Pourquoi avoir rejoint le réseau Au Cœur du Management ?
« Pour Jean-Claude Merlane. Il avait déjà un gros réseau qu’il a voulu formaliser. J’étais plutôt en fin de carrière, je me suis dit que je pouvais former, accompagner, partager mon vécu, participer à des projets sur l’ingénierie pédagogique. »
Moins attiré par les missions intensives de 100 jours par an, toujours par monts et par vaux, il privilégie aujourd’hui les projets innovants, le partage d’expérience.
J’ai choisi ce que je voulais faire de ma vie.
Son parcours, atypique et profondément cohérent, témoigne d’une conviction forte : tout passe par l’humain, quels que soient les contextes ou les outils, y compris l’intelligence artificielle.
Bob Larcher n’a jamais suivi les sentiers battus et, précisément pour cela, il a su en ouvrir d’autres. « Il est important de choisir son chemin dans la vie. Très jeune, j’ai décidé que le travail à l’usine qui m’était pourtant promis, n’était pas pour moi. J’ai choisi ce que je voulais faire de ma vie. »



